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Textes
Amour en site, amour en fuite
Adopte un mâle (2)
Adopte un mâle (1)
Fantasme exposé, Fantasme imposé
Saskia chez les Ladies
A mon seul désir
Les amitiés cavalières
Mariage de déraison
Endgame (Freak Show) ou pour en finir avec les vacances scolaires
The Freaky Horror Picture Show
Avant propos avant la suite
Pour combien de temps encore ?
Euphorie-Confiance vs. Résignation-Méfiance
Amoureuse
Second Récapitulatif des Rencontres. Nouvelle Escale avant Freak Show.
Pas de Printemps pour Saskia (3) Je souhaite dans ma maison…
Pas de Printemps pour Saskia (2) où Philipe Sollers est un bien étrange Aphrodisiaque
Pas de Printemps pour Saskia (1) Une Rencontre prometteuse, enfin!
Madame Bovary, c’est lui
Celui qui n’était pas un Freak, ou le Guide du “One Night Stand” réussi
The Freak Show (4) Freak n°4, celui qui bossait chez Peugeot.
Yep, il dégage!
The Freak Show (3) Freak n°3, le Lecteur déçu.
The Freak Show (2) Freak n°2, la Fin de série (bis)
And “wink wink” were his last words…
The Freak Show (1)
27 robes émoi émoi émoi
Post zéro (4) Les chemins de traverse
Ta fiche est trop vieille
Post zéro (3) où j’appuie là où ça fait mal
Post zéro (2) La plus longue histoire jamais contée
Post zéro (1) Au commencement était le blog (pas le mien)
Je est un autre
Mon blog est mort, vive mon blog !
Espiègleries épistolaires et autres galanteries
Celui qui n’était pas libre de répondre à mes désirs (9) Un épilogue à cette histoire…
Celui qui n’était pas libre de répondre à mes désirs (8) Peines d’adultère perdu.
Celui qui n’était pas libre de répondre à mes désirs (7) …des Allumeurs.
Celui qui n’était pas libre de répondre à mes désirs (6) … et Misère…
Celui qui n’était pas libre de répondre à mes désirs (5) Splendeur …
Celui qui n’était pas libre de répondre à mes désirs (4) Les Confessions, suite.
Celui qui n’était pas libre de répondre à mes désirs (3) Les Confessions
Ouf
Celui qui n’était pas libre de répondre à mes désirs (2) Les Raisons de la Colère
Celui qui n’était pas libre de répondre à mes désirs (1) L’Ere du Soupçon
Lecteur mon amour ma béquille
Ich bin ein trentenaire célibataire parisien
Meetic, rien ne va plus !
La Fin de Série.
Le Burn-out syndrom ou la première impression est toujours la meilleure (5)
Le Burn-out syndrom ou la première impression est toujours la meilleure (4)
Le Burn-out syndrom ou la première impression est toujours la meilleure (3)
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Le Golden Boy ou la cristallisation comme dit Stendhal (4)
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Le Réparateur de PC ou le plan cul évité (1)
Avant Meetic, c’était (presque) pareil (3)
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Le Blaireau diplômé par qui le scandale arrive (2)
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Lundi 19 octobre 2009

Cela fait longtemps, presqu’un an, que je pense à ce post. Depuis un mois je l’écris par intermittence et c’est difficile, parce que je ne me sens pas particulièrement légitime à parler d’amour. Je n’ai été que rarement amoureuse, et plus rarement encore ai-je vécu les joies d’un sentiment réciproque. Je ne partage pas, pourtant, cette réticence à « analyser » l’amour qu’éprouvent ceux pour qui il ne s’explique pas. A trop vouloir en percer le mystère nous risquerions de gâcher nos chances d’en être émerveillés, pensent-ils. De mon côté, je suis persuadée que l’amour obéit à des logiques que nous gagnons à comprendre, sans risquer de le démystifier, au contraire : j’ai encore plus envie d’amour depuis que j’ai entrepris de me renseigner sur l’amour. Je n’ai pas eu à chercher, presque tous les livres parlent d’amour, et disent finalement la même chose : l’amour existe, mais il ne se convoque pas, l’amour existe, et il nous rend sujet de notre vie, l’amour existe, et il abolit le temps. Il s’agit d’être, et on est par l’amour*.
L’amour existe, mais il n’a pas sa place sur les sites de rencontre, c’est à ce constat que je suis arrivée, même si les auteurs que j’ai lus n’en parlent pas. Beaucoup de frustration, un peu de sexe et zéro amour, voilà mon expérience sur le Net, et je sais qu’elle est partagée par beaucoup, quel que soit le site, quel que soit l’habillage : « D’un côté, la France est le pays dans lequel les internautes célibataires sont les plus gros utilisateurs de services de rencontre en ligne. De l’autre, il est aussi celui où ces utilisateurs sont les plus insatisfaits de ce type de services. Nous estimons que 22% des internautes célibataires utilisent un service de rencontre en France. Mais environ une personne sur deux est déçue de ce qu’elle y trouve. » (Chez Rue89.)
Il me semble que la plupart des nouveaux inscrits souhaitent sincèrement rencontrer un partenaire sérieux. Puis, au gré des conversations et des déceptions, le site devient un défouloir où ce qu’il y a de pire en nous est exacerbé. Très vite, il devient la meilleure façon de ne jamais tomber amoureux.
Oh bien sûr, il y a les contre-exemples qui rassurent tout le monde. Inutile de m’inonder avec les vôtres, j’en ai, moi aussi, des contre-exemples… et je ne suis pas en train de nier que des couples se forment, j’ai moi-même fait couple à partir du Net. Il y avait de l’affection, un certain attachement, mais certainement pas d’amour.

Alors pourquoi ?






Parce que le site donne l’illusion du choix.

Tous approchaient du bord, l’oiseau n’avait qu’à prendre ;
Mais il crut mieux faire d’attendre
Qu’il eût un peu plus d’appétit.
La Fontaine, Le Héron

Ni l’Eglise, ni la société ni la famille ne sont plus là pour nous imposer nos choix, heureusement. Mais la liberté conquise de haute lutte fait peser sur nos frêles épaules la responsabilité de nos échecs. Quand on échoue professionnellement, on peut encore accuser les circonstances, mais l’échec amoureux est celui dont nous sommes le plus responsable, et l’enjeu est de taille, maintenant que le couple et la famille sont devenus la condition du bonheur, de la réussite d’une vie. Si nous ne faisons pas le bon choix, nous ne pouvons ne nous en prendre qu’à nous-mêmes. Quoi de plus paralysant ? Pour éviter la souffrance de la remise en cause, autant repousser perpétuellement le moment de choisir, tout en faisant semblant de chercher. Précisément, en faisant mine de nous aider à chercher, le site de rencontre ne nous aide pas à choisir, mais nous plonge au contraire dans le non-choix.
Forcément, il nous fait croire que nous allons rencontrer le partenaire qui correspond idéalement à nos attentes et à la représentation qu’on se fait de la personne qui partagerait notre vie. Il suffit de rentrer des critères : âge, taille, poids sont les grands classiques, couleur des yeux et des cheveux (combien de fois ai-je rencontré des hommes qui affirment n’être attirés que par les brunes aux cheveux longs ?), revenu, métier (d’ailleurs les profs sont discriminés) voire plus farfelu selon les sites : pilosité, tatouages, piercing. Tous les goûts sont dans la nature, il faut offrir à tout le monde l’illusion qu’il a va trouver « chaussure à son pied ».
En réalité, une fois que nous avons formulé des critères, ils nous emprisonnent. Nous nous sentons offensés d’être contactés par des gens qui n’y correspondent pas, comme si cela nous dévalorisait de repousser un tel parce qu’il est bac+2 et pas 5, un tel parce qu’il ne gagne pas 40 000 € par an et qu’il est banlieusard, un peu trop chauve sur la photo… et qu’il écoute du rap. Courage, fuyons !
Il y a tant d’autres profils, c’est inépuisable. Des mecs en tête de gondole, en promo, comme dans la grande surface d’Adopte. Folie du zapping, du tchat avec trois personnes en même temps. Sentiment de toute-puissance. Clic, je viens d’effacer quelqu’un de ma vie, il ne me dérangera plus. Je ne risque pas de le recroiser, ce n’est pas un ami d’ami, personne ne me l’a présenté, ce type.

La rencontre en tant que telle ressemble plus à un entretien d’embauche qu’à un rendez-vous amoureux. Face à l’autre, ce n’est pas notre désir que nous interrogeons, mais les fameux critères. Quand la personne qui est en face ne rentre pas dans les cases, ça rassure la part de nous-mêmes qui a peur de se livrer. Et nous croyons y renoncer au nom d’un « saint réalisme ». Nous nous sentons sage, nous en savons long sur la vie. Il est impossible, pour une prof de fac, d’être en couple avec un cordonnier, qu’il n’est pas envisageable d’être avec quelqu’un de bien plus jeune ou bien plus vieux, ça pose trop de problèmes. Lors de la rencontre, nous cherchons les défauts, les petites mesquineries (ah, il ne m’invite pas !), les qualités sont occultées, et nous décidons tout de go qu’il ne fera pas l’affaire, du moins que ça ne va pas durer. Si sexe il y a tout de même, nous laissons filer l’histoire sans nous investir. C’est une amitié cavalière câline, où l’autre devient un objet sexuel.
Or il ne s’agit que de rationaliser une procrastination, qui cache une phobie de tout ce qui ressemble (même de très loin) à la vie de couple. Nos parents nous ont traumatisés, en offrant l’image d’un couple idéal ou au contraire catastrophique. Ils ont pu nous montrer que le couple ça fait mal ou que l’amour ça ne marche pas. Nous avons tellement peur d’être déçus et de décevoir. Autant se blinder, fuir à la première difficulté, oublier l’un dans les bras de l’autre.
Peut-être qu’à ce jeu-là, laissons-nous passer des chances de bonheur. « Comme il est beaucoup plus douloureux de perdre quelqu’un « d’unique au monde » que quelqu’un de banal, il est fréquent de se défendre de l’idéalisation, soit en rompant la relation après la première rencontre, soit en se cramponnant aux imperfections et aux défauts de la personne aimée pour se tenir à distance. (…) Attention car en ces régions habitées par une prudence adoptée au nom de « l’épreuve de la réalité », il n’est pas donné de rencontrer de jardins d’Amour» (Umberto Galimberti, Qu’est-ce que l’amour?).






Parce que le site abolit le physique – parce qu’il en est obsédé.

On regarde son amant, on ne l’examine pas, dit Rousseau. Si cet examen a lieu, on a affaire à l’amour goût et non plus à l’amour passion
Stendhal, De l’Amour

La voix, le rire, l’accent, le regard, l’intonation, la manière de se tenir, de faire un geste anodin, comme tenir une cigarette, en un mot le charme tout particulier de chaque individu sont absents des profils, or ce sont ces choses-là qui déclenchent un véritable attachement. Ca va jusqu’à nous faire aimer des défauts, une cicatrice, un strabisme, parce qu’ils rappellent quelqu’un d’autre que nous avons aimé.
Le site abolit le physique, le vrai, par définition. Mais il nous fait croire qu’il ne s’occupe que de ça. Attention les filles, écrivent certains mecs dans leur annonce, je ne réponds pas aux fiches sans photo. Full disclosure obligatoire. Envoie-moi une autre photo, sinon j’arrête de tchatter avec toi.
Et moi sur Meetic je précisais que j’avais une silhouette mince parce que « sportive » ça pouvait être un moyen de camoufler quelques rondeurs. Je donnais mes mensurations et je me sentais peu attirante s’il n’y avait pas assez de différence entre les deux derniers chiffres de ma taille en centimètres et de mon poids en kilogrammes. J’acceptais l’humiliation de me transformer en animal de bétail. C’était scandaleux pourtant, l’esclavage. Mais, dans la servitude volontaire, je me laissais transformer en objet et je le rendais bien. Ce n’est pas seulement une blague, sur Adopte, la métaphore du supermarché…
Parfois ça va plus loin (paraît-il : j’avoue que j’étais trop dégoûtée d’avance pour aller voir) et la folie des « classements » gagne les sites où on se note les uns les autres, cette « évaluation » prend ensuite valeur de dogme : les chiffres ne mentent pas, n’est-ce pas ? Tu es moche puisque tu es notée 4/10 sur Badoo. Alors tu ne peux prétendre qu’à un partenaire qui a 4/10. Le nier, c’est que tu te voiles la face, que tu n’as pas compris les lois de l’évolution. Après tout puisque c’est la mode, je ne vois pas pourquoi nous n’appliquerions pas les lois du néo-libéralisme dans nos relations amoureuses : individualisme, compétition entre les personnes, profit à court terme, obligation de résultat quantifiable et bien sûr cynisme assumé. « Quel est ton taux de concrétisation ? » m’avait demandé une fois un mec sur Meetic. Taux de concrétisation = rapport du nombre de rencontres et du nombre de rencontres qui ont terminé au lit. Un « bon » taux (2/3?) voudrait dire que je suis potable, pas farouche, pas totalement nympho, et donc que je réponds aux critères du plus grand nombre, qu’on peut m’exhiber dans la rue sans se couvrir de honte. Mais bien sûr, je ne suis la seule, l’unique, pour personne.
Sur les sites de rencontre il vaut mieux être consensuelle. Avoir des tas de points, des tas de « visites », et les elles affluent si je remplis le fameux questionnaire « sexo » sur Adopte, summum de l’obscénité assumée :

Sous-vêtements, choisir dans la liste….
Sobres
Lingerie
Coquins
Flashy
Aucun

Position favourite, choisir dans la liste….

Pratiques sexuelles, choisir dans la liste …
Masturbation
Fellation
Strip tease
Webcam
Pénétration
69
Fessée
A trois
Costumes
Fétichismes
SM soft

(Parce que SM hard c’est pas légal? et bien sûr ces questions ne sont posées qu’aux filles. Les mecs doivent préciser la taille de leur baignoire et de leur lit. Résumons : les femmes sont des objets, les mecs payent : ça vous rappelle quelque chose ?)
D’aucun m’objectera que je suis en train de tout mélanger, qu’ici il s’agit surtout de faire des « rencontres coquines », pas de rencontrer l’âme sœur. Soit, je ne parlerai pas d’amour alors, seulement de désir. Peut-on accuser les concepteurs de ce site de ne pas avoir lu Roland Barthes ? C’est dans les « plis du corps », le montré-caché qu’on désire, pas dans la mise à nu. Mais c’est encore trop naïf de parler de désir, sur Adopte, le mot d’ordre est la consommation, (les psychanalystes diraient : la satisfaction immédiate des pulsions - de mort). L’amour vrai, au contraire, est une ascèse.
C’est en tout cas le mot qui me vient à l’esprit quand j’écoute le témoignage de Marie-Lise Labonté, une psy québécoise qui raconte comment elle est tombée amoureuse de son mari, alors que physiquement, il ne correspondait pas du tout à son « type ». Elle voit un soir un grand blond nommé Robert dans la salle de restaurant d’un hôtel de la République dominicaine, mais c’est son ami, brun, qu’elle remarque. Plus d’un an après, elle fait un rêve dont le message est surprenant « il faut retrouver Robert », cet homme qu’elle n’a vu qu’une fois. Elle part à sa rencontre avec juste ce rêve en poche. Ils sont très différents, elle non plus n’est pas son « type » physiquement. Pour que commence la relation, elle doit remettre en cause ses choix érotiques, calmer ses projections sur le partenaire idéal, en un mot se « déconditionner ». Le temps d’adaptation dure plusieurs mois, puis la relation s’épanouit, y compris dans le sexe. Si elle n’avait pas fait confiance à son inconscient, si elle avait réagi comme le commun des mortels, « je ne vais tout de même me jeter à la tête d’un homme alors qu’il n’est pas mon genre », si elle s’en était tenue à ses goûts pour les bruns … elle serait passée à côté d’une relation puissante et surnaturelle, dans laquelle elle est parvenue à démultiplier ses capacités d’amour.
Mais au moment de cette rencontre, elle était prête à changer de relation, à se laisser déconditionner, à changer de vie.






Parce que le site confond l’amour-goût et l’amour.

Ce qu’on n’a pas, ce qu’on n’est pas, ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l’amour.
Platon, Le Banquet.

Remplir sa fiche sur un site, c’est se transformer malgré soi en monolithe : voilà ce que je suis, prends moi comme je suis. J’aime le fondant au chocolat, Bénabar et les promenades au clair de lune. Ces choses nous donnent une identité à laquelle nous nous accrochons et qui nous rassure. Et pour être sûrs de ne pas changer, il suffit de trouver quelqu’un qui a les mêmes goûts, le même mode de vie, qui évolue dans le même milieu, tant qu’à faire dans la même ville, et qui ne trouvera pas que nos amis sont des crétins… Bien sûr, personne n’admet chercher son double, mais pourtant, nombreux sont ceux qui se repaissent de la représentation de l’amour contenue dans Le Banquet, selon laquelle Zeus a coupé les hommes en deux « comme des soles », et chacun cherche sa « moitié », soit sa partie manquante, identique. Un autre soi-même. C’est en réalité une théorie (celle du discours d’Aristophane) développée parmi d’autres, que Socrate finit par réfuter. Ce n’est pas un autre soi-même qu’on aime quand on est amoureux.
C’est au contraire quelqu’un qui nous bouscule, nous bouleverse, nous fait « tomber », nous ridiculise. Lucien Leuwen tombe littéralement (de cheval) lorsqu’il voit pour la première fois Mme de Chasteller. La personne qu’on aime vient ravager l’image qu’on a de nous-mêmes, souvent, elle nous est insupportable. En bonne stendhalienne, Amélie Nothomb l’a compris : « S’éprend-on de quelqu’un pour qui on a du goût ? Impensable. On tombe amoureux de ceux que l’on ne supporte pas, de ceux qui représentent un danger insoutenable. (…) Dans l’amour, je vois une ruse de mon instinct pour ne pas assassiner autrui. Quand j’éprouve le besoin de tuer une personne bien définie, il arrive qu’un mécanisme mystérieux (…) me fasse cristalliser autour de cette personne ». (Ni d’Eve ni d’Adam).
Dans Un Roman russe, Emmanuel Carrère fait le récit de la passion dévastatrice qu’il éprouve pour une femme qui détonne dans son milieu d’artistes-intellos-fils de parisien branché. « Nos vies sont différentes, nos amis aussi (…) Elle fait partie, et ses amis comme elle, de la population qui prend chaque matin le métro pour aller au bureau, qui a une carte orange, des tickets-restaurant, qui envoie des cv et qui pose des congés. Je l’aime, mais je n’aime pas ses amis, je ne suis pas à l’aise dans son monde, qui est celui du salariat modeste, des gens qui disent « sur Paris » et qui partent à Marrakech avec le comité d’entreprise ». Comme par hasard, cette rencontre avec une femme qui n’est pas de son monde a lieu quand il le remet en cause, quand il fustige l’hypocrisie familiale, quand il interroge ses origines troubles, dans un état de dépression latente. Selon Alberoni, l’amour naît précisément d’une surcharge dépressive, dans le sentiment de ne pas exister, dans le manque. Celui qui est satisfait de sa vie, de ce qu’il a, de ce qu’il est, et ne souhaite qu’enrichir sa vie au lieu de la changer, ne peut pas tomber amoureux. Il a beau inscrire son monolithe sur tous les sites du monde, il n’est tout simplement pas dans la bonne disposition d’esprit pour récolter plus qu’un amour-goût, un amour de bon aloi, bien sage, sans passion.






Parce que le site inhibe l’amour lors de la première rencontre.

L’amour est comme la fièvre, il naît et s’éteint sans que la volonté y ait la moindre part.
Stendhal, De l’Amour.

Je sens que le moment est venu où le lecteur va m’objecter que je ne fais que critiquer la phase antérieure à la rencontre, et qu’une fois que celle-ci a lieu, que le « vrai » physique entre en jeu, rien n’empêche plus l’amour de naître pour peu qu’on soit prêt à le recevoir. Or je crois que la rencontre virtuelle en elle-même ne peut pas faire naître l’amour.
Si effectivement, c’est de quelqu’un qui nous bouscule dont on tombe amoureux, nous ne voulons pas en être amoureux. Il va falloir être longtemps « exposé » à cette personne pour admettre qu’elle nous remue, et résoudre le dilemme qu’elle ouvre en nous, accepter d’y aller plutôt que de ne rien faire. Dans mon cas l’été dernier, un séminaire de profs à l’étranger, j’ai vu et revu l’objet de mes désirs pendant deux semaines. J’ai d’abord refoulé : dans mon carnet le premier jour, je ne voulais même pas l’écrire tellement c’était insignifiant, tellement j’avais honte : « je crois que je suis attirée par un collègue ». Oh, j’ai eu le temps de tergiverser, puis d’attendre désespérément le moment propice qui est venu bien tard, à la faveur d’une nuit très alcoolisée. J’ai vu cette semaine un nouveau film, Mademoiselle Chambon, qui m’a rappelé mon histoire. Le personnage de Lindon a besoin de voir cinq ou six fois l’institutrice de son fils avant d’oser l’embrasser, et encore hésite-t-il jusqu’au dernier moment, et encore n’ose-t-il pas aller plus loin. Les obstacles sont de taille: il est marié et elle n’est pas de son milieu. Il y a un risque, celui du rejet, mais aussi de perdre le peu qu’il a déjà avec elle.
Mais l’euphorie qui accompagne le succès est proportionnelle au risque couru. Quelle fierté d’avoir osé franchir le pas et de découvrir que c’est réciproque, que l’objet unique de nos désirs nous désire aussi ! Le bonheur envahit tout et la vie prend enfin un sens, et alors on se sent prêt à soulever des montagnes, franchir les obstacles qui se présentent à nous : un mariage, une distance géographique, une différence d’âge ou de milieu : toutes ces choses que l’entourage juge déraisonnable de chercher à braver, et qui souvent condamnent les amours les plus puissants…
Lorsqu’on rencontre quelqu’un sur un site, on a le temps de se préparer à surtout ne courir aucun risque. Nous avons délibérément éliminé les obstacles en ne parlant pas à ceux qui sont déjà pris (sauf malhonnêteté de leur part) qui habitent trop loin, sont trop vieux, trop jeunes, n’ont pas le même niveau d’études que nous etc. (Le plus bête que j’ai fait, je crois, c’est d’éliminer ceux qui ont déjà des enfants). Mais en supprimant les obstacles on se condamne à vivre un amour d’une intensité moindre, je crois même qu’on empêche l’amour de naître. Notre saint réalisme, j’y reviens, termine le boulot, en nous rendant prudent, aux aguets. Lors d’une rencontre avec un parfait inconnu, nous avons sans doute plus tendance à écouter la partie de nous qui se protège, plutôt que la partie de nous qui souhaite tomber amoureux. Les mécanismes de défense marchent à plein.
De plus, parce que nous sommes en représentation, nous ne sommes pas dans la disposition d’esprit de nous laisser surprendre. C’est curieux comme cette description de Stendhal, qui aura bientôt deux siècles, colle comme un gant à celle d’une rencontre virtuelle: « Tout ce qui est cérémonie, par son essence d’être une chose affectée et prévue d’avance, dans laquelle il s’agit de se comporter d’une manière convenable, paralyse l’imagination et ne la laisse éveillée que pour ce qui est contraire au but de la cérémonie, et ridicule. (…) Une pauvre jeune fille, comblée de timidité et de pudeur souffrante devant la présentation officielle du futur, ne peut songer qu’au rôle qu’elle joue ; c’est encore une manière sûre d’étouffer l’imagination » (De l’Amour).
L’imagination ne peut marcher que lorsqu’on s’oublie un peu. Est-il possible de le faire lorsqu’on prend un café avec quelqu’un qui nous scrute ? Il vaudrait mieux pouvoir l’observer de loin, comme Vincent Lindon qui surprend l’institutrice de dos en train de jouer un violon imaginaire… Si l’imagination est bloquée, il n’y a pas de cristallisation, c’est-à-dire d’idéalisation de la personne aimée qui en fait quelqu’un d’unique, d’incomparable, d’indispensable. Sur un site, on a choisi la personne dans un catalogue. Par essence, cela la rend comparable, interchangeable.
Et si nous décidons qu’elle nous plaît assez pour passer la nuit avec elle, où est le risque, où est l’euphorie ? Les obstacles nécessaires à l’imagination sont absents puisque cette personne est disponible, là pour ça. Elle est accessible, en demande, offerte. Si elle se refuse tout en continuant à nous voir, nous pensons qu’elle calcule, qu’elle n’est pas honnête. Et comment voulez-vous en tomber amoureux ?

* “Il s’agit d’être, et on est par l’amour” : cette jolie citation est de Jean Cassou (La Mémoire courte).

Saskia - 09:07 - 33 commentaires
 


Mercredi 15 avril 2009

Adopte2

Saskia - 15:15 - 35 commentaires
 


Adopte1

Saskia - 15:12 - 11 commentaires
 


Samedi 14 mars 2009

Curieux comme un thème imposé stimule l’inspiration. Quand la rédaction de Ladies Room m’a proposé d’écrire pour Fesse cachée, j’ai pris le cahier des charges très au sérieux. Mais je ne savais pas quoi écrire sur les « fantasmes inavoués ». Bizarrement, c’est cette expression qui m’est restée à l’esprit, peut-être parce qu’elle me semble hypocrite. Comme s’il restait des « fantasmes inavoués »… Expliquez-moi quelle frontière entre le dicible et l’indicible reste à franchir, quel inavoué n’a pas été dévoilé, y compris entre collègues devant la machine à café ! Des images de fantasmes avoués circulent en permanence, toujours différentes et toujours les mêmes… des fantasmes de supermarché, des fantasmes clé en main, tellement rassurants parce que partagés par tant d’autres. Oh, je ne prétends pas ne pas fantasmer, mais je n’aime pas me complaire dans le fantasme olé olé. J’en ai tellement lu depuis que je tiens un blog où je discute de sexe que je ne souhaite plus vraiment contribuer au flot quotidien d’un discours, qui à force d’être rebattu, en perd tout caractère sulfureux. Un peu comme le nudisme tue l’érotisme.
Il faut dire que j’ai bien plus de recul depuis que je suis blogueuse et que je suis devenue malgré moi l’objet de fantasmes fugaces et conventionnels pour une poignée d’individus. Ils arrivent souvent sur mon blog en tapant des mots clés type « plan cul » ou « prof coquine ». Ils lisent un ou deux posts puis ils m’écrivent un mail, me dévoilant leur fantasme. Par exemple, le plan à trois, fantasme au monde le mieux partagé. C’est celui du lettré…

Mon amie et moi cherchons quelqu’un pour nous initier à de nouveaux plaisirs.
Si par hasard cette proposition pouvait exciter ta curiosité, va faire un tour sur facebook, nous y sommes tous les deux.

Et de l’illettré…

je suis de bertagne et si tu a envie d un plan cu avec un regard profond et sincere tout en restant béstiale comme il se doit pas de pb . aurtement si tu a une copine pas de pb les km me font pas perd biz

Ou alors on m’offre des services.

Je te passe un oreiller pour ta ptite tête, Puis je t’enleve ton string avec mes dents en prenant mon temps pour que tu sentes mon visage éffleurer l’interieur de tes cuisses.
je prend une bonne position, en me mettant sur le ventre, puis tu sents mon visage se rapprocher de ton sexe, tu sents mon souffle chaud contre ton sexe, puis je passe un léger coup de langue pour écarter tes petites lèvres.
A l’aide de mes doigts, je les écarte mieux pour faire ressortir ton clitoris, et la je commence a passer ma langue de bas en haut, en commençant par l’entrée de ton vagin pour la remonter jusqu’à ton clito.

(La touche comique, c’est que tous les mots que je fais ici apparaître en gras sont soulignés, et je viens de me rendre compte qu’il s’agit d’hypertextes qui renvoient à un site où ils sont expliqués, au cas où : « Le vagin est l’une des parties de l’appareil génital féminin. Il s’ouvre au niveau de la vulve et des petites lèvres », authentique ! C’est dire que le type ne sait pas qui je suis…)

Parfois le sexe est scénarisé.

Tu es serveuse, oui, dans un resto chic parisien. Toute de noire vêtue, jupe noir, chemisier satin noir, bas noirs, string noir. Deux boutons de ton chemiser ouverts, en cette fin de soirée, il est 2h du matin. Un couple, et un groupe d’hommes d’affaires sont encore là. Arrivés tard, ils plaisantent et rient fort….

Et je finis dans un film porno.

tu t’es bien installée sur la chaise, les jambes bien ecartées, ces deux mains sur ta chatte qui te branlent et qui bientôt .. deux doigts, puis deux doigts chacun.. »oooohhhhh , oui je jouis !!! ».. trempée de mouille .. tu gémis de plus en plus fort… ils te défoncent avec leur doigt et s’aventurent même vers ton trou du cul qu’ils commencent à bien travailler.

Ces mails sont une façon pour les lecteurs d’exprimer des fantasmes qui n’ont rien à voir avec moi a priori. On peut tout imaginer, forcément, puisque je ne me montre pas, ou à peine. Je suis virtuelle, on peut tout lâcher, tout avouer. Il suffit de pas grand chose : un goût pour l’écriture, et voici qu’on me fantasme en marquise du 18e….

Ah madame, j’aurais peine à vous peindre les transports dans lesquels m’a jeté votre billet. Quoi! Non contente d’accorder votre pardon à un imprudent qui ne le méritait guère, vous lui laissez même entrevoir une lueur d’espoir! Vit-on jamais pareille bonté réunie à tant de charmes?

Une photographie en nuisette. Un lecteur souhaite me rencontrer. J’ai appris par la suite que d’après l’image en tête de mon blog, où mon visage est masqué, j’ai le même corps que celle qui vient de le quitter. (Argh, et moi qui ai repris quelques kilos !)

je trainais sur l’internet du monde, à la recherche des grandes réponses qui me ferait digérer en 24 heures ma récente ou pas, rupture (4mois).
oh mon dieu ! On m’a quitté.
Donc, de click en click, me voilà sur ton blog.
quelle surprise que de tomber corps à corps avec mon arrachée douleur faite femme.
cette pose tenue, cet abandon crispé, la tension de cette douce mâchoire….et ces pieds.

Le magnifique soufflé retombe lorsque je le rencontre. Il m’a fantasmée comme son ex, et il m’a trouvée, moi, forcément différente, forcément décevante.

Ce qui me préoccupe bien plus, c’est lorsque je couche avec un homme qui m’impose ses fantasmes en feignant de croire que ce sont aussi les miens. Par exemple ce type qui, malgré tout le savoir-faire et la tendresse dont il est capable de faire preuve, a besoin de parler trash pendant de sexe, et notamment de m’interroger sur mes pseudos fantasmes. Genre : « t’as envie de te faire mettre bien profond ? T’as envie de le faire avec une fille ? T’as envie de le faire avec un chien ? ». J’ai surtout envie que tu la fermes, mon gars !
Avec un autre amant, ça dérape sur MSN. Pourquoi pas, je me laisse tenter. Il écrit « j’ai envie que tu sois salope et putain », « dis le moi ». Pour rentrer dans son jeu et l’exciter, je lui concède un timide « je le serai pour toi ». Quelques jours plus tard, il me dit que notre jeu, c’est que je sois sa putain (ce mot paraissant plus présentable que « pute », ne me demandez pas pourquoi). Bref, il n’a pas compris que je n’avais fait que lui servir (par écrit, donc sans implication) son fantasme, mais que ce n’était pas le mien. Ca l’excite d’imaginer une call girl cultivée, une pute intellectuelle aux petits soins. Cette fois-là, il aurait aussi voulu qu’on joue le jeu du « sexe avec un inconnu », qui arrive chez moi parce que j’aurais laissé la porte entrouverte et que je sois surprise dans ma chambre, nue, comme il se doit. Pff, je ne peux pas concevoir plus cliché ! Quand il est arrivé, j’étais toute habillée et en train de plier du linge. Les fantasmes de cet acabit, il y a des jours où je préférerais qu’ils restent inavoués !

Saskia - 13:10 - 24 commentaires
 


Samedi 07 mars 2009

Juste un petit mot pour vous prévenir que le jeudi 12 mars, je participerai à la journée Fesse cachée, organisée par Ladies Room. Une contribution de ma part y apparaîtra de façon anonyme, puis mon pseudo sera dévoilé le lendemain. Mes lecteurs fidèles seront-ils capables de me reconnaître? Nous verrons si quand on me cherche, on me trouve!

Saskia - 10:22 - 5 commentaires
 


Samedi 28 février 2009

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Après l’épisode du DVD, qui avait eu lieu le 28 décembre 2007, je pensais une fois de plus ne plus entendre parler de l’Hédoniste. J’avais manifesté un certain mécontentement au moment de se quitter, peut-être que cela allait le dissuader de me rappeler. De mon côté, j’étais perdue. Je savais que je n’avais pas envie d’un libertinage proclamé et assumé. C’est précisément ce que j’avais expliqué à l’Homme marié : dès lors que les choses sont formulées, elles deviennent sordides. Non seulement l’insouciance me manque pour réellement apprécier les rencontres sexuelles mais le libertinage m’apparaît trop comme une parade, une entrée que j’ai trouvée pour expliquer mon incapacité à retenir les hommes et surtout à vouloir les retenir.
Avec l’Hédoniste, il y avait un enjeu narcissique de retenir un intellectuel, mais le retenir par le sexe ? Cela n’a pas de sens. Lui avait été clair sur ses intentions en parlant d’amitié sexuelle. Il avait même été plus loin, puisqu’à chaque rencontre il avait lié sa présence auprès de moi au sexe, faisant mine de partir le premier soir parce que j’hésitais à aller plus loin avec lui, et se rhabillant le second soir après son orgasme pour aller au vidéo club. Mais il prenait soin d’expliquer que cela pouvait changer. Il maintenait savamment la porte très légèrement entrouverte pour ne pas me faire fuir totalement. Par exemple, il avait parlé de ses vacances l’été dans la région de ses parents, où il invitait parfois la fille avec laquelle il se trouvait. L’été était franchement loin, mais il avait dit « qui sait ? », ce serait peut-être moi qui serait invitée. Evidemment, il prenait grand soin de ne rien promettre.
Il ne faut pas oublier qu’en tant que trentenaire célibataire, il n’est pas si aisé de tirer un trait sur une relation, surtout quand la personne est apparemment très intéressante. S’il avait été un crétin je n’aurais pas eu de mal à ne plus lui adresser la parole. Evidemment, ce qui compte c’est le lien qui se noue avec cette personne, mais j’avais de ce point de vue assez peu d’éléments de comparaison qui me permettaient de trancher. Il m’avait maintenue dans l’insécurité pendant que nous étions ensemble, et je n’avais pas été à l’aise du tout, surtout la seconde soirée, mais ne sachant pas ce que c’est que d’être réellement bien avec quelqu’un avec qui je couche, je pensais que c’était moi qui avais un problème, qui demandais trop, qui étais chiante comme diraient certains lecteurs. Que son comportement était peut-être acceptable, vu d’un certain angle. Après tout, j’avais noté des points positifs dans mon carnet : « il écoute ce que je lui dis. Ne monologue pas. M’a dit que j’étais intelligente (et belle) ». Maintenant j’ai trouvé ma pierre de touche et que je ne me laisse plus faire.

Je fus assez surprise d’entendre de nouveau parler de lui, le 1er janvier 2008.
Il m’envoie un message de bonne année. J’étais sur mes gardes, ne sachant pas trop quelle attitude adopter avec lui. Je crois que j’ai eu surtout envie de lui faire de nouveau sentir ma mauvaise humeur, pensant naïvement qu’il comprendrait à quel point il avait abusé. Et il réponds « tu m’en veux » ? Il sait donc parfaitement qu’il a des choses à se reprocher. Je réponds « poserais-tu la question si tu te sentais irréprochable ? », « oui » renvoie-t-il. Pas mal joué car il ne répond rien. Je n’ai pas poursuivi dans les reproches, parce que de toute façon il lui est impossible de reconnaître le moindre tort. La suite de nos échanges est anecdotique.
Le jeudi 3 janvier il m’envoie un sms : « ca va ? ». Je décide de l’appeler. Il veut me revoir. Discussion sympathique autant que je m’en souvienne, je lui ai juste dit que si on se revoyait chez lui, je préférerais qu’il ne me vire pas ! Dit qu’il a vu un très bon film après mon départ, Old Boy, que personnellement j’ai détesté. Il dit : « ah mais on ne va pas s’entendre ». On se quitte dans l’idée que je l’appellerais si j’allais mieux (j’avais une angine).
Le vendredi, je me suis trouvée mieux donc je lui ai proposé de venir chez moi. J’ai tout de même glissé un truc pas sympa dans mon SMS:
- « ca va mieux mais je préfère qu’on se voie chez moi. Ta contrée me paraît hostile ! Demain tu peux ?».
- Il réponds juste « je peux vers 13h ».
- Je réponds ok et je lui redonne l’adresse.
Je ne prévois pas à manger parce qu’il n’en a pas été question… Je me prépare tout de même avec minutie… comme toujours. Vers 12h30, quand je suis enfin prête, je vois un sms écrit à 12h06. « Salut. Je passe plutot à 14h. Biz ».
Je suis choquée par le « je passe » et l’absence d’excuse. Donc il dit qu’il vient à 14h. Qu’à cela ne tienne, j’ai mangé et travaillé.

Je n’étais pas à l’aise, mais dans cette espèce d’angoisse sourde que j’avais également ressentie chez lui. Je regarde mes mails et je tombe sur celui d’un ami psy qui est aussi lecteur de ce blog, à qui j’avais raconté toute l’histoire et qui me met en garde.

Saskia,
(…) Il sait forcément par expérience que son statut attire les femmes qui préfèrent avoir un conjoint au métier glamour (vous en êtes: l’avocat, producteur, golden boy, etc). Il sait parfaitement ce que vous cherchez à travers lui, (il vous contacte peu après “adolescente je révais de sartre-beauvoir). C’est la raison pour laquelle il a tant d’assurance lorsqu’il prend sans se géner, et s’abstient de vous donner de tout ce que un amant lambda est bien obligé de donner normalement.
C’est un jeu en miroir. On peut ainsi comprendre ce message qu’il envoie implicitement: je ne m’intéresse pas à toi, mais juste à ton trou, ta viande, tu es un objet, puisque toi tu ne t’intéresses pas à moi, mais à mon statut. Donc selon lui il n’est pas plus coupable que vous. Il ne vous force à rien, et même c’est vous qui l’avez retenu lorsqu’il a fait semblant de partir au premier rdv. Et si vous êtes mal à l’aise, ca ne sera jamais de sa faute. Il est sans aucun doute pervers dans sa relation avec vous.
(…)
Puis-je vous faire remarquer que les authentiques salauds totalement cyniques et extrèmement intelligents, cela existe aussi? Vous n’êtes pas dans une école, vous êtes dans la vraie vie. C’est votre vie l’enjeu. Et dans la vie, à l’inverse de l’école, on doit pardonner aux idiots, mais pas aux intelligents qui ont sciemment mal fait.
(…)
Cette succession d’actes et remarques déstabilisants qu’il vous inflige à répétition ressemble à une stratégie délibérée pour vous fragiliser.
(…)
Il est possible qu’il vous prépare de la douche écossaise. Ne soyez pas dupe. Vous ne serez renarcissisée par lui qu’en étant sa chose, et en contrepartie vous aurez du lacher votre propre narcissisme.

Vous ne serez payée que d’espoirs implicites et promesses floues qu’il ne tiendra quasiment jamais, et en vous faisant remarquer que votre déconvenue résulte de votre erreur, de votre imagination, puisque ces promesses et espoirs n’ont jamais été formulés explicitement. Cela dit, jamais il ne vous dira explicitement que vous ne devrez rien attendre de lui, à moins d’accompagner ce message par n’importe quoi vous permettant de penser le contraire.

C’est toujours désagréable de se rendre compte qu’on a besoin d’une aide extérieure pour se sortir d’un piège. Je ne prends pas très bien le message, mais il fait son chemin dans mon esprit, quand précisément j’attends des nouvelles de l’Hédoniste. Tout cela me met dans un état de stress considérable. Lorsque je reçois son coup de fil, il ne peut que remarquer ce sress et cela ne lui plaît pas. J’ai retranscrit le même jour cette conversation (pour cet ami psy) et je la livre telle quelle.

A 14h il appelle : j’imagine qu’il est en bas de chez moi. Mais non, il dit être à Saint Germain et qu’il passera dans une demi-heure. Une fois de plus : ” passer ” et pas d’excuse. Je lui demande ce qu’il entend par ” passer “. Il ne sait pas trop. Il parle de manger, mais je lui dis que j’ai déjà mangé, comme finalement il a dit qu’il venait plus tard. Il n’aime pas que je demande des explications sur ce qu’il entend par ” passer “. Dit que je l’ai invité à passer (oubliant au passage que c’est lui qui a proposé qu’on se voie ce week-end). Dit en gros ” je ne passe pas si c’est pour se prendre la tête. Tu n’es pas zen, c’est le week-end, j’ai des choses à faire, on se verra un autre jour si tu préfères “. Au départ, j’ai essayé de lui expliquer qu’il n’y avait pas de problèmes, je ne me souviens plus exactement de ce que j’ai dit. En tout cas il a pris la mouche, m’a dit qu’il préférait ne pas venir. ” Je suis complexe mais pas compliqué “, or ce que je propose est compliqué. Je lui ai expliqué qu’en fait ce qui me gênait c’était non pas le retard mais l’absence d’excuses. Les amis ne se formalisent pas me dit-il. Mais on n’est pas amis ! Bref, il redit qu’on se verra une autre fois parce que je suis stressée, et là, j’ai dû me souvenir de ton mail parce que je lui ai lancé qu’on ne se reverrait plus jamais.
Je ne sais même pas pourquoi la discussion a continué à ce stade. Je pense qu’il a été surpris. Je te livre ce qui a été dit par la suite sur un ton assez vindicatif :
Il m’a dit que j’attendais trop, que je voulais visiblement me caser, que lui ne voulait pas se caser et il a ajouté, ce qu’évidemment je n’ai pas du tout aimé, ” du moins pas avec toi ” ! Donc c’était le cri du cœur, ce qui m’a montré que je n’ai VRAIMENT rien à regretter. A la limite, à partir de cet instant, tout ce qu’il m’a dit n’a fait que confirmer ce pour quoi tu m’avais mise en garde :
- il m’a dit à plusieurs reprises que j’étais ” ingrate “, oui, je te jure, je n’en suis pas revenue ! Je lui ai dit à chaque fois : ” mais pour que je sois ingrate il aurait fallu que tu me donnes quelque chose, or, que m’as-tu donné ? ”
- Quand je lui ai dit que je n’avais pas aimé le coup du DVD, a dit qu’il a fait ça parce qu’il a senti que j’étais sur une ” pente “. Il n’a pas vraiment dit laquelle. Donc reconnais qu’il a fait ça en quelque sorte pour me punir (j’avais donc raison de lui en vouloir, CQFD)
- M’a dit aussi à plusieurs reprises : ” on n’est pas mariés ” !
- J’ai essayé de revenir sur comment j’avais vécu la soirée chez lui ou de lui dire qu’il avait fait mine de partir de chez moi… il ne m’a pas écoutée, bien sûr. M’a dit que j’étais ” hystérique “. A aussi dit que tout cela ne devrait pas avoir lieu ” entre deux personnes intelligentes “. Je lui ai dit que ça ne nous dispensait pas de bonnes manières et d’être civilisés. M’a dit que je n’avais pas à lui donner des leçons de civilisation !
- A fait mine de s’excuser mais n’en croyait pas un mot. Le pervers narcissique n’a jamais tort !
- Je lui ai aussi dit : ” mets-toi à ma place “, m’a répondu : ” je ne vais pas rentrer dans ta psyché “.
- La discussion s’est envenimée quand il a reparlé ” d’amitié ” entre nous, lorsque je lui ai rappelé qu’il n’était pas question de cela entre nous, qu’on était AMANTS. Lui feint de croire qu’il n’y a pas de juste milieu entre ” amitié ” et ” mariage ” !
- Ca s’est terminé quand je lui ai dit qu’il s’était ” littéralement foutu de ma gueule ” l’autre soir. A dit que je n’avais pas à l’insulter, je l’ai répété, et il m’a raccroché au nez.
Je me suis mise à pleurer, mais c’était surtout les nerfs je crois.
Puis SMS de sa part, dix minutes plus tard : ” Tu m’as fait atteindre le niveau 1 sur l’échelle de ma colère. Il vaut mieux pour toi que tu ne connaisses pas le niveau 2 “. C’est une menace, j’en ai eu peur. Mais en même temps ça m’a fait prendre la mesure de ce à quoi je venais d’échapper. J’ai relu calmement ton mail et j’ai décidé de tout écrire pour m’en dégager. Je n’ai évidemment pas l’intention de répondre, je vais totalement disparaître de sa vie (…) et j’espère ne plus jamais entendre parler de lui.

Saskia - 11:24 - 24 commentaires
 


Mardi 24 février 2009

Au début de l’année 2008, j’avais publié mes bonnes résolutions dans un commentaire de ce blog.
- passer moins de temps sur le net.
- boire moins de thé
- me préoccuper davantage de mon sommeil
- faire de la méditation
J’ajoutais « il y a d’autres résolutions, dont une qui me paraît très difficile à tenir et dont je ne parlerai pas pour le moment… » Cette résolution mystérieuse, je l’avais formulée à ma façon, vieillotte : « renoncer au libertinage ». Aujourd’hui, c’est un oxymore très commode et très trompeur qui fleurit sur les sites de rencontre : « amitiés câlines ». De l’amitié, il s’agit de ne retenir que le côté « sans engagement », des câlins, le sexe sans tendresse. « L’amitié câline », c’est la planification lugubre de rencontres sexuelles, c’est se permettre de traiter n’importe comment son amant(e) parce que faire des efforts, « ça soûle », et bien sûr prévoir à l’avance de ne pas tomber amoureux (meilleure façon de ne jamais l’être en effet). Bref, en 2008, j’ai refusé des rencontres dont l’objectif avoué était le sexe. Et ça a été beaucoup plus facile que de limiter ma consommation de thé noir.
Il faut dire qu’une rencontre, en particulier, m’avait humiliée et durablement dégoûtée. L’histoire avait commencé comme beaucoup d’autres, par un mail auquel je n’avais pas prêté particulièrement attention, arrivé vers la fin de l’année 2007.

Quête d’un garçon formidable, dites-vous ?
mais un garçon peut-il être formidable, ne faut-il pas qu’il devienne un homme pour cela je dis ça, mais je n’ai que 3* ans, et j’avoue que meetic, pour l’avoir un temps essayé, me semble être réservé à ceux et celles qui précisément ne veulent au fond pas se caser à moins que la case soit ronde, ce qui peut exister dans certaines contrées chaudes…

J’ai depuis supprimé cette référence anachronique au « garçon formidable »… Je cherche un homme, moi monsieur. Je lui réponds à peu près ça, et il me demande si la « quête » se poursuit. Je l’invite à lire mon blog pour savoir. Il propose de se rencontrer plutôt, en renvoyant à son propre blog, qui montre que de toute évidence, j’ai affaire à un lecteur au-dessus du lot. J’accepte de le rencontrer sans passer par les filtres habituels. En regardant de plus près ses textes, j’y décèle des tendances libertines, mais je suis ouverte à une rencontre coquine, trois jours après avoir conclu avec l’Homme marié, que je ne pensais plus voir et que je souhaitais oublier. Peut-être que je me suis dit qu’un type comme lui, au métier un peu en vue, beaucoup plus intellectuel que je ne le suis, ne pourrait s’intéresser à moi que pour du sexe. Surtout je connais les libertins : vouloir leur proposer autre chose est présomptueux !
Quand je le vois (appelons-le l’Hédoniste), le vendredi 21 décembre, je le trouve mignon, vif, amusant, pas aussi prétentieux que je l’avais imaginé. La conversation est d’emblée facile et sans retenue. Peu après avoir pris place dans un café, il me demande de ne pas écrire sur lui dans mon blog (de quel droit ? il ne sera pas identifiable, c’est là l’essentiel). C’est aller un peu vite en besogne, que de m’interdire ainsi quelque chose à laquelle je n’avais pas pensé ! Songe-t-il que par cette requête, il qualifie d’emblée notre rencontre comme prometteuse? Or comment savoir ce qui va se passer lorsqu’on en est qu’aux cinq premières minutes d’une rencontre? Lui, il sait. Un peu plus tard, il m’explique qu’il se rend compte au bout de dix minutes s’il veut aller plus loin avec une fille. Moi, je ne sais pas toujours, il faut qu’on m’aide un peu… L’Hédoniste sait ce qu’il veut, va droit au but pour l’obtenir, voilà sans doute pourquoi il me complimente copieusement…
J’avais choisi un café particulièrement inconfortable : j’étais assise près d’une porte qui ne fermait pas totalement et qui laissait passer d’horribles courants d’air. Assez vite, au bout de trois-quarts d’heure peut-être, je lui propose d’aller ailleurs, dans un restaurant. Il n’a pas très faim, et me demande tranquillement de l’inviter chez moi. Je suis amusée de tant d’assurance. J’accepte en sachant pertinemment qu’on va finir au lit. On passe dans un restaurant pour prendre du japonais à emporter. Seule concession à mon « protocole » en quelque sorte, il y aura un dîner !
Et il y aura du sexe, mais comment dire ? pas d’approche « classique », par la tendresse. J’ouvre un livre qu’on regarde tous les deux et il se colle à moi. Sa technique consiste à peloter très profondément. Là encore, il va droit au but. C’est tellement direct que je suis décontenancée. Je trouve qu’il va trop vite, trop loin. J’hésite un peu. Ca me dérange qu’il n’y ait pas du tout de séduction entre nous, que l’on passe directement de la discussion amicale aux préliminaires. C’est de cela dont il a envie, justement, une amante qui a de la conversation. Quelque chose me trouble dans le scénario bien huilé de la rencontre libertine. Je le trouve intéressant, et finalement ça me gêne d’avoir couché avec quelqu’un d’autre, trois jours avant. Je compare les baisers, et c’est en défaveur de celui qui est en face de moi. Mais du point de vue de la conversation et de l’entente, il est supérieur ! Je réalise que j’ai déjà envie de quelque chose de plus intense que du sexe, je tombe dans le piège en quelque sorte.
De son côté, il regrette de tomber sur des filles qui lui servent à peu près le même discours que moi. Il propose de s’en aller. Oh non, je préfère garder mon plan libertin : je le retiens. Bien joué de sa part, je me laisse faire, et on passe le reste de la soirée au lit.
Je reçois un SMS peu après qu’il m’a quittée : « merci de cette agréable soirée. Ce n’est pas si fréquent une personne bien sous tous rapports ». Je sens qu’il joue sur les mots, je décide de répondre quelque chose d’aussi ambigu : « et toi tu sais manier la langue ». Le lendemain je n’ai pas eu de nouvelles, et j’ai pensé qu’il y avait des chances que je n’en ai plus jamais.
Je voulais le revoir, parce que j’avais le sentiment d’avoir rencontré quelqu’un du même monde que moi, que je trouve à la hauteur. Mais, pour parler actuel, il y avait un problème de timing, de deux agendas contradictoires. Il ne voulait pas se « caser », mais s’amuser, maintenant qu’il avait terminé un gros travail. Moi j’avais envie d’une véritable histoire, en dépit de la part lucide en moi, qui pensait que c’était quasiment mission impossible et qu’il valait mieux que se contenter de ce que l’on m’offrait, au lieu d’espérer plus. Un lecteur justement m’explique dans ses mails qu’il existe une partie de moi-même «qui travaille contre la réussite de [mon] projet d’un couple ordinaire (ni platonique, ni libertin)”. Et cela rejoint la réflexion de l’Hédoniste lui-même, Meetic est peuplé de gens qui au fond, ne veulent pas se caser. J’aimerais tellement explorer mes réactions, essayer d’aller à l’encontre, travailler à la rupture de ce cercle vicieux. Evidemment, je sens que mon Hédoniste n’est pas le bon cobaye pour tenter une expérience de ce type. J’aimerais qu’il le soit, mais ce n’est pas bien raisonnable…

L’Hédoniste souhaite me revoir le vendredi suivant, à son retour de vacances familiales. Dans la journée, il m’appelle pour savoir ce que j’ai envie de faire : me propose une bouffe chez lui ou un ciné, un resto. Je le laisse décider. On prévoit seulement un rendez-vous près de chez lui, à 19h. Je suis ravie qu’il propose de faire à manger, ce dont moi-même je suis incapable. Mais je me trompe. Il n’en a aucune intention, il n’a même pas faim, me dit-il après m’avoir fait la bise (la bise ?). Il veut néanmoins faire des courses pour acheter des fruits et autres, et me propose de prendre quelque chose pour moi. Horreur, on va dans un supermarché, chose que j’évite absolument ! La perspective qu’il me regarde manger me refroidit tout à fait. Dans ce cas, je ne mangerai pas non plus. Il dit qu’il n’avait pas décelé ce côté stressé chez moi, qu’il m’avait trouvée zen. Il dit que c’est bien de revoir les gens, que la première impression n’est pas suffisante. Je me sens piégée : j’avais essayé de faire bonne figure face à un début de déception, mais cela n’avait pas marché. Je propose de m’en aller, et ce n’est pas qu’une plaisanterie. J’ai envie de fuir cet éclairage blafard qui m’agresse et me met mal à l’aise.
Rebelote : on passe à la pharmacie ! Je ne sais pas où me mettre. J’ai déjà vécu ce genre de scène, mais dans des contextes différents : avec un ami ou dans le quotidien d’un couple rodé, pas lors d’un second rendez-vous où je m’attendrais plus à un petit dîner au restaurant… L’Hédoniste jugerait ces attentes médiocres et banales, mais qu’y puis-je ?
Chez lui, on s’assoit à distance l’un de l’autre. Je me détends, parce que la conversation est intéressante et une fois de plus, sans retenue. Et puis on passe comme la première fois, quasiment sans transition, de la conversation au sexe. C’est même un peu trop tôt, je ne suis pas prête. Mais c’était juste une « incursion » et on reprend alcool et conversation. Il m’offre une glace, et je me retrouve à manger seule face à lui. On reprend le sexe sans crier gare. C’est un peu brutal pour moi, j’espère que j’en aurais pour mon compte par la suite, comme ç’avait été le cas la première nuit. Mais non, il se rhabille. Dit qu’il n’a pas renoncé à louer un DVD, chose qu’il m’avait proposée avant d’arriver chez lui et que j’avais refusée.
Je suis abasourdie par la désinvolture avec laquelle il abrège la soirée : je n’ai pas le temps de regarder un film en entier avant de rentrer, mais ça ne le dérange pas que je parte. Je suis déçue pour deux raisons presque antinomiques. Qu’une rencontre libertine se termine avant que les deux protagonistes aient eu chacun leur part de plaisir m’apparaît non seulement un gâchis considérable mais aussi en quelque sorte une rupture de contrat. D’autre part, je suis blessée par cette économie impassible du moindre effort. Il fait fi des convenances, mais se rend-il compte à quel point son comportement est incorrect et désobligeant ? Et encore, je n’avais pas mis bout à bout toutes les horreurs qu’il m’a débitées ce soir là, comme le fait qu’il avait calé notre rendez-vous parce qu’il savait qu’il aurait envie de sexe une semaine après notre première rencontre, lors de laquelle je l’avais « épuisé ». Et lorsqu’il ma raconté une histoire avec une ex, il m’a proposée de voir une vidéo de ses ébats avec elle…
En attendant, je suis restée interdite, assise sur son lit : il le remarque et a un geste de tendresse, un des seuls. Mais il ne change pas d’avis. Il me laisse seulement terminer ma bière, et je n’aurai pas le droit d’en commencer une autre, parce que le vidéoclub va bientôt fermer.
En l’écoutant se justifier, j’ai pris la mesure de ce que propose cet homme qui revendique un égoïsme décomplexé. Il est totalement honnête, ce que je ne conteste pas, quand il explique que nos deux rencontres étaient placées sous le signe d’une « amitié sexuelle ». Ainsi, j’ai eu droit à l’instant à la démonstration éclatante de ce qu’il entend par là : je te traite en pote, donc je me dispense de manières, et puis vlan, je te baise ! Je réponds : tu fixes à ta guise les règles du jeu, mais libre à moi de refuser de jouer et de m’en aller. Il précise que ce qu’il a déterminé pour les premiers rendez-vous ne présage pas de l’avenir. Je lui explique que s’il ne m’avait pas dit cela, j’aurais décidé de ne pas le revoir. Non que je sois sûre de ce que je veuille de lui désormais… j’en envie de fuir sa brutalité et sa désinvolture, mais je suis capable de pardonner beaucoup à quelqu’un d’intelligent. Je ne crois d’ailleurs pas que le cours des choses puisse changer : les premières heures d’une relation sont déterminantes pour la suite des événements. Il ne changera pas d’attitude vis-à-vis de moi.
Nos adieux ont été froids. Dans la rue, on a parlé de ce qui s’est noué à propos du DVD : il nie m’avoir virée de chez lui, je pense que si, puisqu’il a préféré un film à ma compagnie. La réalité est plus complexe dit-il, je ne vois pas en quoi. Post-sexe, je ne fais pas le poids face à un film ! Eh bien, bon film !

Enfin seule, libérée des discours justificateurs et brillants de l’Hédoniste, j’ai compris l’étendue du désastre qui venait de se produire. Je suis restée sans bouger sur mon lit, dans le noir, sans prendre la peine d’enlever mon manteau. La seule chose que j’ai réussi à faire par la suite, c’est écrire (j’ai reproduit en partie les choses telles que je les ai écrites sur le moment).

A suivre.

Saskia - 11:01 - 11 commentaires
 


Mardi 17 février 2009

La plupart de mes amis sont en couple depuis la nuit des temps. Moi j’ai des amants avec qui la question du couple ne se pose pas. Si une quelconque relation s’établit, elle est faite de rencontres espacées sans qu’aucune passerelle ne s’érige en direction de l’entourage de l’un ou de l’autre. Paradoxalement, c’est rassurant pour moi. Parce que finalement quand cette question se pose, et cela arrive de temps en temps, quand, en face de moi, j’ai quelqu’un qui est près à poursuivre la relation, je me trouve face à une sorte de dilemme. La possibilité de faire un mariage de raison s’immisce dans ma résolution de ne pas transiger sur l’amour.
Je suis parfois tentée de jouer au couple. Je dis bien « jouer au couple » parce que j’ai parfaitement conscience que je ne suis pas moi-même dans ces cas-là. Je sais que je retiens des choses, que je joue un rôle et qu’à l’intérieur je bous. Avez-vous vu comment Kate Winslet joue au couple parfait le lendemain de la crise conjugale dans Les Noces Rebelles ? C’est la seule scène réussie de ce film selon moi, car enfin le malaise est palpable. J’ai aussi « joué que je suis en couple » auprès d’un entourage que cela rassure. Il m’est déjà arrivé de prolonger artificiellement des pseudo-relations, parce que retomber dans les incertitudes du célibat me faisait horreur. C’est un choix catastrophique dont j’ai déjà payé le prix, car la toxicité de ces couples me plonge ensuite dans une méfiance assez maladive des hommes.
J’ai depuis été capable de renoncer à plusieurs relations que je savais condamnées, assez vite et sans regret. Mais je ne sais pas si je vais réussir à tenir ce cap sans me décourager et déprimer. Forcément, avec toutes les pressions psychologiques, même pas toujours formulées, que les célibataires de mon âge subissent pour qu’elles se mettent en couple !
Combien de fois ai-je entendu qu’il faut faire un premier enfant avant 36 ans ? Qu’avant d’avoir des enfants, il vaut mieux se connaître depuis au moins deux ans ? Combien de fois des personnes bien intentionnées me disent « penses-y » ? Ah bon, il y avait possibilité que je ne sois pas au courant ?
Est-ce que les hommes y pensent, eux ? Quand ça les prend, parce qu’ils ne sont pas pressés. Ceux qui sont assez mûrs et qui veulent se caser le sont. Ceux qui restent célibataires entendent ne pas se laisser « piéger ». L’autre soir, un amant me certifie qu’il y a moins de célibataires hommes que femmes à Paris. Je pense que c’est vrai et je ne suis pas la seule, sans doute est-ce lié au fait que les filles sont plus exigeantes dans le choix de leur partenaire, étant sans doute plus exigeantes envers elles-mêmes pour commencer. A un moment donné les mecs « biens », je veux dire ceux qui correspondent le mieux à ce que veulent les femmes, sont pris. Ceux qui restent sur le marché – et pourtant en tant que tel, c’est suspect : nous avons sans doute affaire à des Don Juan – ont le pouvoir et en abusent. Passons la nuit ensemble, mais souviens-toi que c’est la relation la plus superficielle qui soit entre deux êtres humains… Dans ces conditions, pourquoi ne pas se forcer un peu et jeter son dévolu sur un de ceux qui par une mutation génétique inattendue, sont encore célibataires et prêts à vivre une vraie relation ?
Un lecteur (mal intentionné) m’avait prévenue : « Les filles comme toi doivent souvent se contenter d’un brave type dont elles ne sont pas amoureuses. » Mais est-ce possible ? Je ne le crois pas. Bien sûr, la question m’a déjà effleurée, et pas seulement de façon théorique. Par exemple à propos de ce Haut fonctionnaire effrayé par les chats. Il avait dit être prêt à attendre six mois avant de coucher avec moi, à l’ancienne en quelque sorte, et je pense maintenant qu’il en aurait été capable, l’impatience et la curiosité étant plutôt à chercher de mon côté. Je dis cela à la lumière de la cour qu’il m’a ensuite faite pendant des mois.
Après la scène du chat, que je prenais pour une scène de rupture, je ne m’attendais pourtant pas à avoir de nouvelles de lui. Il m’a contactée trois mois plus tard. Peut-être sur Meetic, je n’ai pas trace d’un premier SMS, pourtant son principal moyen de communication. Je me souviens en tout cas qu’il disait avoir été bien ridicule ce jour-là. J’ai accepté de prendre un verre avec lui. Nous nous sommes retrouvés près de chez moi le 7 juin 2007 pour une bière. Il n’avait pas le sentiment que nous avions « rompu » cet après-midi là, moi si. Je lui ai dit que j’avais pris une décision consciente, celle de ne pas le sauver des griffes du chat, de le sacrifier en quelque sorte. Je veux un homme qui me protège des bêtes sauvages, au lieu de fuir. J’essaye de lui expliquer que cela ne me convient pas, ce désintérêt pour son corps, tout en évitant l’évident : tu ne me plais pas assez. Il plaisante à propos de mon exégèse, qu’il appelle un post mortem. Il n’est pas rebuté par la Saskia qui est en moi.
Le Haut Fonctionnaire est prêt à se caser, m’apprend-il, même si je sens que cela fait partie d’un plan de carrière. Il me fait comprendre que je suis trop exigeante, en affirmant que j’avais autant de chance de m’installer dans un couple que Delanoé de devenir président de la République (depuis, il n’a même pas réussi à être premier secrétaire du PS…). C’était juste après les élections. Je suis passablement agacée d’apprendre que le Haut Fonctionnaire n’a pas voté Royal alors qu’il est encarté au PS. Il joue le jeu des querelles de personne qui prennent le pas sur les idées. Cela me dégoûte, car, en attendant, des métiers comme le mien sont saccagés, tandis que le sien est protégé. C’est tellement plus marrant d’être dans l’opposition me disait l’autre soir une autre amie…
Il m’écrit un SMS le soir même : « en tt cas, j’ai la confirmation que tu me plais bcp. Tu es aussi belle qu’intéressante et même tes faiblesses (rares bien sûr) st séduisantes. Alors tu peux être optimiste ».
Je réponds : « En bonne égocentrique, je suis sensible aux compliments et je pense même que tu le fais exprès pour ébranler mes convictions. C’est mal ».
« Tes convictions sont bien sûr sacrées, ms j’ai envie de me remettre avc toi et je ne ss pas persuadé que tu n’en aies pas un peu envie aussi ».
Il n’a pas complètement tort, je suis un peu ébranlée par cette idée que peut-être je me trompe, que peut-être ça pourrait marcher, qu’en plus c’est un bon parti, et surtout qu’il en a très envie (dans un autre sms : « j’ai vraiment envie de réessayer avec toi »). A l’époque je n’avais pas la moindre idée de la force d’un véritable amour. Je n’avais pas été réveillée sensuellement et sentimentalement, et je ne savais pas que je le serais. Alors peut-être en effet en attendais-je trop, qu’il valait mieux se caser avec le Haut Fonctionnaire, quitte à avoir quelques amants…
Tout cela me travaille avant de le rencontrer de nouveau, un mois plus tard, alors qu’avant nos premières retrouvailles je ne m’attendais à rien. Le 5 juillet nous nous retrouvons sur une place près de chez moi. Au premier regard que je pose sur lui, je sais que toutes mes interrogations ont été vaines, qu’elles n’avaient été que théoriques, et qu’en réalité il n’y a pas moyen, ne serait-ce que je le retouche. Nous sommes allés au restaurant, je me souviens avoir été de mauvaise humeur en raison d’une grosse contrariété de la journée passée. Je me suis ennuyée ce soir-là. Je lui ai parlé de son mode de vie pas très sain, et je crois l’avoir convaincu car quelques jours plus tard il m’a annoncé qu’il avait l’intention de se mettre au sport. Quant à notre affaire, j’avais été assez peu engageante, et je pensais qu’il ne chercherait plus à me convaincre de retenter l’aventure avec lui.
En réalité il est reparti à l’assaut quelques jours plus tard, à la mi-juillet. Il veut me voir. Je réponds « pourquoi pas mais pour faire quoi ? » et lui « ce jusqu’à quoi tu es prête à aller ». Cette fois-ci je m’agace : « si tu en es encore là il vaut mieux qu’on ne se voie pas ». Il répond « Ok. C’est dommage (pour moi) c’est rare de rencontrer quelqu’un qui a vrmt quelque chose en plus ». Le 7 août, il m’écrit un sms de son lieu de vacances : « aimerais te revoir à la rentrée. Et pas que pour être amis ». Deux semaines passent avant que je lui réponde, du train du retour : « je veux bien te revoir mais impossible d’être + que des amis ». Et immédiatement : « pourquoi ? ». Je croyais pourtant qu’il avait compris, je commence à le trouver très lourd. « Je n’en ai pas envie, c’est tout ». « Je comprends, t’es trop bien pour moi de toute façon ».
Ce dernier développement a le don de m’exaspérer. « T’es trop bien pour moi », il n’en croit pas un mot. Il me trouve mieux que lui physiquement, mais c’est tout. Il essaye de me faire céder, il est le renard et moi le corbeau, mais cette posture à la « laisse-moi devenir l’ombre de ton ombre » ne me donne pas envie de lui, au contraire.
Encore un mois et il revient à la charge, vers la fin du mois d’octobre : « les filles que je cotoie sont tellement ennuyeuses que j’aimerais vraiment te revoir ». Encore des SMS et un ou deux mails où nous parlons politique. A la fin du mois de janvier 2008, rebelote. Il veut me voir, je dis « ok mais en amis », « sex friends alors ». Pfffffffffff… lui un sex friend ? Entre temps j’avais retrouvé le goût d’une certaine sensualité grâce à l’Homme marié. « Alchimie sexuelle » n’était pas une vaine expression ! Je réponds : « ça n’arrivera pas, fais ton deuil ! ». Et son dernier SMS : « c’est d’autant plus dommage que ce ne soit pas contre les bêtes sauvages que tu doives etre protégée ». Il se souvenait d’une conversation qui remontait à six mois.
Il a raison, je dois surtout me protéger contre mes propres démons. J’ai travaillé sur eux, et ce n’est pas un hasard si depuis j’ai pu tomber amoureuse. Autant je suis terrifiée à l’idée de ne pas le retrouver, autant maintenant je sais que l’amour existe, même pour moi. Dans la durée, je ne sais pas. Peut-être que je ne suis pas le marrying kind !

Saskia - 12:05 - 21 commentaires
 


Mercredi 24 décembre 2008

Les profs sont tout le temps en vacances, les vaches ! Bandes de privilégiés qui ne bossent que 18h par semaine et qui malgré tout continuent à se plaindre et à faire grève. Ah, ah, je sais. A se demander pourquoi on ne se bouscule pas plus aux concours de l’éducation nationale, ça a l’air tellement tranquille, ce métier.
Eh bien je vais vous dire : les “petites vacances” n’existent pas, en tout cas pas pour moi. La semaine d’avant, je suis toute contente à l’idée qu’il ne me reste que quelques heures avant la liberté. Certes, j’ai trois paquets de copies à corriger pendant les vacances, mais pour une fois je vais être EFFICACE. Je ne ferai pas une pause de dix minutes entre chaque copie pour me remonter le moral. Je ne mettrai pas les copies d’illettrés en fin de pile, je les braverai d’emblée. Trois ou quatre séquences complètes de cours à préparer, que je n’ai pas eu le temps de faire pendant les semaines précédentes, l’affaire de quelques jours. Je bosserai une semaine non stop puis à moi les cinés, les expos, les restos, les sorties, le shopping. Je verrai les amis que je n’ai pas eu le temps de voir en temps normal, je serai libre, libre…
Et puis les “vacances” arrivent et je permute. Tout à coup le stress retombe. Le stress que je n’avais même pas remarqué. Celui qui me fait lever à 6h et qui me permet de tenir une classe de seconde dans un effroi suffisant pour que je puisse lui faire cours. Et alors je dors pendant des jours d’affilé. Impossible de faire autre chose. Les batteries se rechargent et le temps passe. Souvent c’est le moment de tomber malade, je n’ai pas eu le temps pendant les cours. Puis les copies. Evidemment je ne m’attendais pas à ça. Ils n’ont pas compris à ce point. Déprime. Les jours passent et je n’avance pas. Un sentiment de culpabilité m’envahit et me gâche le goût de tous les autres plaisirs. Je me sens coupable de ne pas travailler, et trop coupable pour y renoncer, donc je ne fais rien et je me sens coupable de gâcher ainsi un temps précieux. En plus il y a moi et ma manie de cogiter surtout quand je ne suis pas assez occupée. Je me retrouve en compagnie de moi-même, et c’est fatigant. Quand les vacances ont été concomitantes avec une période Meetic, cela a souvent donné lieu à des rencontres plus rapprochées, mais ratées, parce que j’accepte de rencontrer sans suffisamment réfléchir, de façon plus spontanée.
Les vacances de février 2007 ont été caractéristiques de ce sentiment de gâchis qui m’envahit souvent. Ca a commencé par l’affaire du chat. Puis ça ne s’arrange pas (end of freak show). Je suis sur MSN en préparant les cours, je tchatte en corrigeant les copies, comme si ça les rendait plus supportables. Le Lecteur déçu me parle et m’en veut beaucoup, il me fait plonger dans un gouffre de malaise et de culpabilité. Voici que je tombe sur un type de Meetic (freak n°6), qui fait des tas de fautes mais qui au moins a l’air vif et intelligent. Je lui parle au téléphone et il est très enjoué, plutôt attrayant. J’apprends que c’est le cousin d’une de mes connaissances et ça me rassure. Il ne sort pas de je ne sais où… j’accepte de prendre un verre sur le champ en supposant qu’au moins il me remontera le moral. On se retrouve à République où il connaît un bar sympa. Première déception quand j’arrive, il se trouve que ce bar sympa est une chaîne à la con sur la place, pas dans une petite rue animée. On va ailleurs mais ce n’est pas franchement mieux. Une bière sur une table en bois au milieu de plein de monde, pas mal de touristes et une télé. Le type n’est pas intéressant en fait. Il n’est pas laid, il est grand (j’ai toujours aimé les grands) mais bizarrement il me rebute. Encore le genre bourgeois, moins BCBG que celui qui ne savait pas se tenir mais encore une fois pas du tout mon genre. Ce qu’il me raconte m’ennuie. La conversation tourne autour de l’idée que c’est mieux de se rencontrer assez vite, de ne pas perdre de temps à tchatter, etc. etc. tout en pensant que sur ce coup précisément ce n’est pas bien probant. A un moment je m’en vais. Il a dû croire qu’il y avait une “ouverture” puisque j’ai acquiescé à ce qu’il disait, mais il avait tort, bien sûr. Je m’engouffre dans le métro et il me suit. Et là ça se passe. Il m’agresse à moitié en s’approchant de moi, il fait mine de vouloir me tenir, je me sens acculée, contre le mur du couloir de métro, avec pas grand monde autour. J’ai sans doute un peu peur mais je suis surtout furieuse. Je pensais faire semblant de rester en contact, être un peu polie parce que c’est le cousin de truc. Mais là non, il me donne une excellente raison de ne plus jamais lui parler. Je crois qu’il a essayé de m’appeler ensuite, mais je n’ai pas répondu. En sortant du métro j’ai eu la peur, quelque peu irrationnelle, qu’il m’ait suivie.
Ensuite, pendant les vacances toujours, un publicitaire (freak n°7) qui m’avait contactée par tchat quelques mois auparavant et que j’avais eu longuement au téléphone s’est rappelé à mon souvenir… Il a une philosophie de la vie complètement contraire à la mienne et fait preuve par exemple d’un relativisme moral très américain : toutes les opinions ont le droit de s’exprimer, y compris celle des néo-nazis. Il ne vote pas parce qu’il pense que les politiques nationales sont impuissantes, tout se passe à l’échelle de l’Europe (ou du monde?). Très mondialisation 2.0, un peu passée de mode depuis quelques mois. Mais je suis curieuse de le rencontrer. Il m’a fait parvenir une photo de groupe en m’indiquant à quel rang il est en partant de la droite… et je le crois grand, brun et fort. Quand on se retrouve finalement au Sir Winston, à Etoile, le 5 mars, je comprends mon erreur, ou la sienne. Il est plutôt du genre petit, gras, chauve et un peu geignard pour couronner le tout. Il se plaint notamment des sites de rencontres et des filles qui utilisent son corps pour des plans cul, il se sent comme un objet. Première fois que j’entends un homme se plaindre de ça ! J’en profite malicieusement pour lui dire que je ne lui proposerais pas de plan cul, dans ce cas. Et comme je lui ai fait comprendre par ailleurs notre incompatibilité profonde pour envisager une relation sérieuse, je n’ai pas eu besoin de le revoir.
Deux jours avant la rencontre avec ce publicitaire, j’avais commencé à échanger des mails avec un autre trentenaire (freak n°8), plutôt mignon, gentil et poli, que j’ai rencontré le 7 mars autour d’une bière. La première rencontre, on parle musique et j’apprécie ses goûts, on envisage même vaguement d’aller voir Arcade Fire ensemble (galère bien sûr, il n’y avait plus de places puis le concert fut annulé altogether). J’avais gardé un bon souvenir de cette première soirée quand nous nous sommes revus le 28 mars, quand ce n’était plus les vacances. On n’avait pas pu se voir plus tôt car il avait fait un séjour au ski. Quand je l’ai revu, rien ne s’est passé comme je l’aurais voulu. Pour commencer, j’avais décidé de tester un restaurant de ma rue que j’ai trouvé catastrophique, je m’en suis beaucoup voulu et ça m’a mise de mauvaise humeur. Il s’était coupé les cheveux et cela le banalisait grandement, lui donnant même l’air un peu idiot, il suffit parfois de pas grand chose… en tout cas je le trouvais très fade. Je n’arrive même pas à l’affubler d’un pseudo tant je suis incapable de le caractériser. Ce dont je me souviens le plus, c’est de son ton totalement artificiel, celui qu’on emploie avec ses collègues devant une machine à café pour dire des banalités « donc moi, euuuuuuuuuuuuh, vacances au ski euuuuuuuuuuuuuuuh » mais je ne veux pas l’entendre, je lutte intérieurement, ça y est, c’est comme s’il n’avait rien dit. Mais quelques minutes plus tard il recommence, il trouve très dommage que je n’aie pas entendu la première fois : « donc moi, euuuuuuuuuuuuh, vacances au ski euuuuuuuuuuuuuuuh ». Je vais prendre mon mal en patience et ce sera fini. Lorsqu’on sort, il essaye de m’embrasser, je m’esquive, lui dis, non, je ne veux pas te revoir, je suis désolée. J’ai ensuite laissé tomber les rencontres virtuelles en dehors d’un lecteur qui a pas mal insisté pour me voir et avec qui j’ai couché de temps en temps.
Pourquoi ai-je commencé par parler des vacances ? Ceci n’est pas un blog de prof et pour cause, je tiens à sortir de mon métier ! Ce qui m’intéresse, c’est la façon dont je parviens ou ne parviens pas toujours à concilier vie sentimentale et professionnelle. Il se trouve que mes plus belles histoires ont eu lieu pendant les grandes vacances, ou quand je travaillais peu pour des raisons diverses. Après des débuts difficiles que j’ai déjà évoqués, j’étais parvenue à me détacher suffisamment de mon travail. En 2007 des galères d’appart m’ont beaucoup plombée, et cette année 2008-2009, le travail est harassant, ingérable. C’est pour cela que je ne poste plus régulièrement. L’autre jour, le 5 décembre 2008, j’ai écrit dans mon journal “semaine fatigante encore, les cours de terminale ne peuvent être réussis que s’ils sont archi travaillés, eh oui. Donc j’y pense beaucoup et j’y passe beaucoup de temps. Je me rends bien compte que ce n’est pas propice aux rencontres. Je vois bien que je n’arrive pas vraiment à concilier les deux. Que je pense aux cours. Je n’arrive pas à me penser comme un corps désirant et désirable, je reprends ma carapace (…) et cette impression de ne jamais avoir le temps”…

Saskia - 12:24 - 8 commentaires
 


Lundi 27 octobre 2008

She turns
The sound down
Says “I am heaving
This is a freakshow”
And I am screaming
She spins
The world round
I want to stop

Revenons donc à cette série de rencontres totalement ratées des premiers mois de l’année 2007. Je n’ai rien noté à l’époque et la mémoire commence à faire défaut. Je n’arrive que très imparfaitement à comprendre ce que j’étais alors, ce que j’avais dans la tête. Une chose est sûre : je n’étais pas bien, et je m’en rendais à peine compte. Deux conséquences au moins : des gens qui auraient pu me faire du bien ne m’ont pas approchée, et j’ai fait de mauvais choix. Il n’est pas facile en effet, d’expliquer ce qui a motivé certaines rencontres. Je ne vois qu’une absolue défiance de moi-même. Une peur aussi. La peur du vide. Je remplissais mon temps de travail, de tas d’activités, de tas de rencontres, comme une vie en “mode automatique”. Que faire quand je n’avais rien à faire, rien de prévu ? Aucune “obligation” à l’horizon ? Je déprimais.

Voilà comment je me suis retrouvée dans des situations totalement pourries. Freak n°5 en est l’illustration parfaite. Le second rendez-vous avec Peugeot man, freak n°4, mardi 30 janvier, s’était révélé un fiasco : lui et moi savions que je ne voudrais pas le revoir. Je n’ai pas voulu attendre. J’ai commencé à chatter avec Freak n°5, un trentenaire bcbg, dès le lendemain.
Je viens de rechercher le premier chat pour comprendre comment j’ai pu me laisser berner et accepter un rendez-vous avec ce type. Voilà un problème classique des rencontres virtuelles : le type avait une écriture relativement correcte, il poursuivait la conversation sans trop changer de sujet et son discours ne manquait pas de charme. Autant dire qu’il marquait d’emblée des points sur un site comme Meetic. Bien sûr, ni son ton strident et hystérique, ni sa façon de se tenir n’étaient perceptibles à l’écrit. Je me suis aussi avoir sur un autre point. Il n’avait pas de photo sur sa fiche, j’ai donc dû commencer à chatter par ennui, ne pensant pas aller très loin. Puis il a insisté pour “m’inviter” à prendre un verre, mais à l’époque je refusais de rencontrer sans avoir vu un visage.

Lui - (…) je te dois un verre dans un bar de [ton quartier], je suis vraiment navré de devoir t’inviter!
Moi - Ecoute je ne rencontre pas les gens comme ça ; Tu as l’air très sympathique mais l’absence de photo me gêne beaucoup
Lui - Saskia les gens c’est Maurice, merci ; oh tu as le descriptif sur la fiche…tu fermes les yeux et tu imagines …
(Il insiste pour m’inviter à boire un verre et je refuse)
Lui - un peu bref ce non très affirmatif et affirmatif qui dédaigne toute discussion et donc montre un certain autoritarisme! (…)
Moi - c’est toi qui es dans le catégorisme en refusant de me montrer une photo ; Je ne dédaigne pas la discussion ; Insinuer que demander une photo c’est te réduire à un état d’objet est de mauvaise foi ; Toi tu ne m’aurais JAMAIS écrit de mail sans ma photo
Lui - mais je n’en ai réellement pas…et je m’amuse en te provoquant, car il paraît que l’amour et la haine sont proches donc pet être qu’en te rendant furieuse tu vas m’aimer…

Il refusait de se montrer, et donc je m’attendais au pire. Lorsqu’il a fini par le faire, j’ai été agréablement surprise. Il était assez grand, les traits réguliers, franchement plutôt beau… j’ai pourtant fait un mauvais choix en poursuivant à ce stade. De sa tenue (Barbour, chemise à carreau…) et du décor (bibliothèque de droit, moulures…) suintait un milieu bcbg où je n’aurais pas ma place. Assez typique du 7e arrondissement qu’il habitait comme de bien entendu. J’explique donc ce rendez-vous par une peur du vide, la curiosité dans la mesure où le garçon insistait pour m’inviter, et la fascination qu’a toujours exercé sur moi ce fameux milieu, dont je suis à la fois proche (j’ai côtoyé dans mon enfance et mes études beaucoup de personnes de ce type) et étrangère.
Je l’ai eu au téléphone. Pourquoi je n’ai pas reculé non plus à ce stade est incompréhensible. Il m’avait prévenue qu’il avait une voix nasillarde au téléphone. En fait une voix de femme. Je me suis souvenu de la Fin de série dont la voix au téléphone était catastrophique mais à peu près “normale” en vrai, sans pour autant me plaire (j’aime les voix graaaaaaaves). Donc je me suis dit qu’il fallait d’abord l’entendre, ce qui était une erreur. Quant à son ton faussement enjoué, je l’ai mis sur le compte d’un certain malaise. Il abusait des “cool” je crois, et autres expressions de contentement forcé.
Nous avons pris rendez-vous pour le vendredi suivant. Il m’invitait à dîner, connaissait un restaurant proche de Notre Dame, et ce lieu de rendez-vous m’arrangeait bien. Il m’a téléphoné de nouveau juste avant pour confirmer, et là j’ai enfin compris que j’avais été piégée. Son ton au téléphone était insupportable de faux enthousiasme, et même de bêtise, sa voix était hideuse. J’ai pensé alors à m’échapper, mais ce n’est vraiment pas mon genre de poser un lapin ou de décommander à la dernière minute. Je me suis résignée à y aller.
Puis je l’ai attendu devant Notre Dame, il était en retard. Nouvelle occasion de fuite. Mais non, ce n’était toujours pas mon genre. Lorsqu’il arrive, l’atroce vérité se confirme : ce type qui n’arrête pas de parler trop fort avec une voix suraiguë de maniaque, et de gesticuler dans tous les sens, il va falloir que je dîne avec. Il me conduit à son restaurant qui se trouve sur le quai aux Fleurs en passant par les seules rues médiévales de l’Ile de la Cité qui ont survécu à Haussmann. Dans ces rues étroites il m’attrape et essaye de m’embrasser. Je me dégage, pas contente du tout. Encore une occasion de fuite, la plus belle. Eh bien non, je ne fais rien, ou plutôt je me retrouve dans son resto. De l’extérieur et de l’intérieur, il a tout de l’attrape-touristes. Le genre que j’évite instinctivement. Mais puisqu’il y a déjà dîné, et qu’il veut y retourner, c’est qu’il le trouve bon. Mais ce resto se révèle dégueulasse et je pèse mes mots. Je ne suis pourtant pas difficile : je mange toujours ce que j’ai dans mon assiette même quand je ne suis pas totalement satisfaite. Mais là je suis incapable de manger les morceaux de foie gras qui baignent dans ma salade. Ils sont littéralement immangeables. J’en veux terriblement à ce type de me faire passer une si mauvaise soirée.
En plus il me fait honte. Il n’est pas capable de se tenir droit. Il est vautré sur sa chaise. Mes élèves n’osent pas se tenir comme ça devant moi. Ils savent que je vais m’exclamer : “tenez-vous correctement, c’est ça, PERPENDICULAIRE A LA TABLE !!!!”. Mais là que dire, que faire ? Et en plus il parle fort, et en plus il est con comme un balai, et en plus il fait mine de me demander comment je suis au lit ou quelque chose de cet ordre. Je trouve ses questions totalement déplacées et inconvenantes dans la mesure où je cache mal mon exaspération derrière une fragile résolution de prendre mon mal en patience. Je ne suis pas contre les questions intimes, même lors d’un premier rendez-vous. J’ai eu des conversations très profondes et sincères avec des gens que je connaissais à peine, quand les circonstances (jeu de séduction ou affinités évidentes) s’y prêtaient. Là c’était de l’intrusion, du viol.
Pas de dessert, non surtout pas. Pas de café, non please. L’addition, mais ça traîne. Et voici que monsieur rechigne à payer. Pour lui, inviter, ça ne veut pas dire payer. Cette fois il est hors de question que je paye un centime. Il sort ses tickets restaurant et me demande de compléter. Il n’en est pas question. Quand nous sortons enfin, je traverse la Seine à pas rapides pour rejoindre le métro à Hôtel de Ville. Je l’aurais bien semé, mais il me suit. Nous passons devant une affiche de théâtre, il me parle d’y aller ensemble une autre fois. Non, je n’ai pas envie. Je réussis enfin à prendre le métro, seule. Je reçois son coup de fil quand je suis dans le wagon, puis quand j’arrive chez moi. En plus il est collant, en plus il ne comprend rien. Il faut que je lui dise fermement qu’il faut qu’il arrête de m’appeler et que je ne le reverrais pas. Il dit que je ne suis pas gentille, mais au moins il raccroche et ça le calme pour un temps. Il m’a appelée de nouveau, quelques jours ou semaines plus tard, au pire moment en plus, comme si ce type portait la poisse. “C’est Maurice !!!” dit-il d’un ton enjoué, comme si son coup de fil pouvait être une bonne surprise. Je ne sais plus comment je m’en suis débarrassé. Je n’ai pas dû être aimable.

Saskia - 10:19 - 30 commentaires